koikai présente

Lune blanche


 

du 16 septembre 2009

 

Article de la dépêche du midi

 

Le clou dans la planche du 7 octobre 2009

Le patchwork d’un cœur d’homme

Michel Pomme change de registre avec le sombre monologue Lune blanche, au centre culturel des Minimes.

Le Clou l’a connu affublé d’un nez rouge et d’un accordéon, grommolant autour de ses papillons pour le plaisir des enfants avec le spectacle A l’Ombre de mOn sOleil. Autre texte autre peau : exit les couleurs vives, changement de registre et de public, Michel Pomme propose sur la scène du centre culturel des Minimes le monologue d’Olivier Vincent, Lune blanche. Ou comment oser mettre sur scène le thème le plus malmené par la soupe télévisuelle et la littérature de plage : la rupture.

"Sublime salope dans sa robe rouge", très imparfaite et néanmoins irremplaçable créature. Fardée, peinturlurée : vulgaire peut-être, magnifique pourtant. Rien à faire : l’homme abandonné a beau dénombrer les imperfections de celle qu’il a – bêtise irréparable – poussée lui-même à la rupture, les défauts de l’aimée ne bouchent pas le trou de l’absence.

L’homme esseulé tourne en rond dans sa solitude et autour de ces quelques minutes du passé où sa vie a atteint un point de non-retour – et pourtant, le monde continuait de vivre en ce terrible instant. Il ressasse et raconte : sous son regard vide, la ville qui accueillit son errance se grise, montre ses plaies - les passants qui circulent dans leur petite bulle personnelle, les centaines et centaines aux rêves amputés, les dames de la nuit qui racolent et le retiennent, fasciné devant cette féminité-objet... C’est une ville baudelairienne qui s’éveille sous son regard névrosé.

"Péquenaud dérisoire rapiécé de toutes parts", cet homme ne cesse de brûler l’idole qu’il a adorée, puis de se déclarer à nouveau vaincu dans ces flambées des plus misogynes - "larmes sèches des femmes", vaginite du monde et autres images aux contours psychanalytiques. C’est un amour haineux et très sombre qui se dessine mot à mot, entre de fous sursauts.

Une ronde maniaque, une parole coincée entre une plante verte, une valise et une chaise, dans un espace indéfini dont les tristes contours ne se dévoileront qu’à la fin. Le monde a fermé ses portes, devenu presque "inutile" : en tête à tête avec ses fantômes, l’homme détruit et fait renaître la femme-souvenir, la femme-chair. Elle seule existe et le trou béant qu’elle laisse : comme le rappelle la musique off, nothing else matters.

"Aimer, en voilà une affaire !"


Un thème rebattu, disions-nous, et délicat pour les plumes. Olivier Vincent en propose une version tout à fait intéressante, rafraîchie par le vent de folie qui porte le récit tumultueux du personnage, rendue piquante par un érotisme sans détour ni fioriture - comme l’aveu de réalités brutes, sous l’abstraction des sentiments - "Je sentais crépiter ses bas, sa peau… Je la laissais se déposer sur mes doigts, ma peau, ma langue". L’écriture s’autorise même quelques brèves et sensées chutes dans le glauque : ouf, pas de risque de basculer dans un pathos poisseux.
Quelques longueurs dans le texte, certes, des effets de redondance qui égarent parfois le spectateur, mais l’ensemble surprend plutôt agréablement et le comédien n’y est pas pour rien. Très loin de ses tendres facéties clownesques, Michel Pomme met cependant la mobilité de son corps et de son visage à contribution : gestes frénétiques, alternance entre moments de fixité et brusques démarrages, regard vif se fixant en tous sens… Cela rappelle vaguement quelqu’un. Peut-être la référence est-elle aussi à mettre sur le compte de la coiffure ou bien de l’allure vestimentaire du personnage, mais on songe tout au long du spectacle à la bobine hirsute de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. Ce qui n'est déjà pas mal.
Le comédien a autant de munitions que l’auteur pour recharger le vieux fusil des histoires d’amour : un beau moment de plume et de jeu. II

Manon Ona


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